Philippe Fournis : l'homme qui murmure à l'oreille des chiens

De retour des championnats du monde de canicross en Pologne, Philippe Fournis nous a révélé les secrets d’une passion. Athlète et organisateur il nous ouvre les portes d’une section du club trop méconnue. Engagement et bénévolat sont au rendez-vous. 

Philippe Fournis a la voix de son physique. Et le physique de son tempérament. Droit, direct, engagé, fin et précis. C’est qu’il connait son affaire Philippe. Dans le milieu sportif depuis plus de 40 ans il a eu visiblement le temps de réfléchir à ses « carrières » et à la gestion d’un club. Méthodique, rigoureux, il a une vision précise du passé qu’il évoque sans nostalgie, plutôt tourné vers l’avenir. Pourtant une lecture rapide de son palmarès laisse songeur et démontre la palette large de ses activités sportives où les 11 victoires en triathlon, les participations à trois Iron Man côtoient 102 victoires en duathlon, une sélection en équipe de France juniors de Cyclo-cross, 9 titres départementaux en natation, 14 fois champions de France, 3 fois champion d’Europe, 18 podiums européens, 1 fois champion du monde, 293 victoires en canicross   et tant d’autres qui témoignent d’un éclectisme sportif dans le haut niveau. Mais Philippe, venu au club des Piranhas, dès la deuxième année de création du club en 1995, est aujourd’hui le « Monsieur Canicross » du club, celui qui en dirige la section, participe au plus haut niveau et organise, une triple casquette qui laisse peu de temps aux introspections et aux doutes. Pas de nostalgie donc quand il évoque sa venue à ce qui va devenir SA discipline: « J’ai participé à la montagne à un baptême de traîneau avec ma fille et le guide changeait son attelage: Papa on peut rentrer avec un chien? ». Affaire rapidement conclue et même si l’adaptation d’un chien de meute de neige demanda quelque temps de mise en route au ciel normand, Philippe n’est pas du genre à douter. Vite à l’entrainement et comme il n’aime pas trainer, 6 mois plus tard, en octobre 2000, la collaboration nouvelle se traduit par un premier titre de champion d’Europe individuel. Un très bon chien certes mais aussi un niveau de 34 minutes aux 10 000 mètres ont facilité ce passage du tri au canicross. Ce titre va être le déclencheur, facilitant dès lors, en accord avec Olivier Crequer, président de l’époque du club, une section canicross  au sein des Piranhas. Et comme Philippe, qui profite des retombées de son titre européen, n’aime pas rester inactif, dès le lundi de Pâques de l’année suivante, il crée le premier canicross de Arques la Bataille qui accueille une trentaine de participants. Plus que son palmarès personnel on comprend, à écouter Philippe, que sa plus grande satisfaction est la réussite de cette organisation qui accueille depuis, chaque année, 400 à 500 participants, et surtout, « une épreuve toujours remportée par un champion de France, d’Europe ou du Monde », un niveau dont Philippe est visiblement, et légitimement, fier. Il démontre alors, outre son niveau sportif, des qualités de rigueur et d’organisateur, qui continuent à faire de lui le responsable, notamment au sein du Bureau, de l’organisation de la Piranhas Bleue qui en est à sa onzième édition, et de la partie administrative des 10 Kms d’Offranville.

 

 

LE CANICROSS: UNE COMPLICITE AVEC LE CHIEN

 

 

Homme de terrain, organisateur, Philippe a plus de mal à se dévoiler à titre personnel, mais quand on lui demande le plaisir qu’il a à pratiquer sa discipline favorite, les yeux s’allument, pétillent et très rapidement il évoque la complicité avec ses chiens dont il cite avec précision les noms des principaux: Nosferatus, Blackie et Khéops. Trois chiens, qui comme les autres « vous sautent dessus dès que vous mettez un short et une paire de baskets ». L’armure se fendille un peu et l’on devine alors la double silhouette, liée par un harnais mais aussi par la voix et la complicité, prête à partir à l’assaut de paysages, pour un entrainement partagé. « C’est aussi un élément de motivation, car si vous hésitez à partir vous entrainer, le chien saura vous mener devant la porte pour affronter le froid ou la pluie ». Rien n’est plus stimulant pourtant que la compétition et ces départs dangereux, où l’on ne freine pas, où le chien vous tire sur une distance de 4 ou 9 kms à une vitesse moyenne de plus de 20 km heure. Une épaule fragile, des contusions au retour du championnat du monde en Pologne témoignent de cette exigence. Cette passion, cette communion, Philippe sait visiblement la faire partager puisque une cinquantaine d’adhérents compose la section des Piranhas où les jeunes trouvent leur place tout comme les femmes qui apprécient comme avec les chevaux ce lien particulier avec l’animal, et ce chien « qui leur apporte en plus un sentiment de sécurité lorsqu’elle s’entraine seule ».

 

LE CANICROSS: UN SPORT EN EXPANSION.

 

Des regrets, Philippe n’est pas du style à en avoir, ou du moins à les exprimer, pourtant il aimerait visiblement pouvoir étendre un peu les liens avec les autres sections du club, notamment avec la section Trail et course à pied, puisque un des deux entraînements canicross hebdomadaires se fait sur piste, sans chien. Accroître la section pour qu’elle poursuive sa moisson de récompenses au niveau français, européen ou mondial demeure l’objectif collectif majeur, accompagnant ainsi la croissance nationale d’une activité qui se développe depuis 3 ou 4 ans avec plus de 10 000 pratiquants et une mixité parfaite et de nouvelles pratiques; cani-VTT, cani-marche, cani-trottinette .… Mais cette croissance exige qu’elle reste fidèle aux principes du club. Philippe hausse (légèrement) le ton quand il s’agit d’évoquer les dérives de la compétition: dopage, argent. Sur ces questions, impossible de transiger et le mot « BENEVOLE » ressort comme un leitmotiv. Pas d’argent qui abime tout, pas de produits miracles (« On m’en a proposé dans le vélo, ce qui m’a éloigné de cette discipline et cela existe pour les chiens certainement dans les pays de l’Est »). On sent un peu de fatalisme dans la voix de Philippe quand il évoque les possibles jeunes formés au club et qui s’en vont parfois pour un ailleurs fantasmé: « C’est l’évolution » dit il, un peu résigné, en dirigeant habitué aux remous depuis près de 20 ans. Mais pour lui, aucun état d’âme:  la passion, elle seule, doit mener le sportif, cette passion qui fait que le choix d’un chien, avec le pedigree le plus exceptionnel soit-il, demeure aléatoire. Cette passion qui a poussé à la création provisoire d’un partenariat avec la SPA ou vous invite à partir avec le camion du club pour 20 heures de route vers les championnats du monde organisés en Pologne, cette passion doit demeurer le moteur. C’est elle aussi qui fait que Philippe est resté depuis 23 ans fidèle aux Piranhas.

 

Cette passion au coeur de sa vie, comme organisateur ou athlète, Philippe Fournis au delà des palmarès individuels ou collectifs, a réussi à en faire profiter des centaines d’autres. Aussi si vous voyez une silhouette courir avec un chien près de Longueuil, tendez lui le pouce en signe de reconnaissance. Mais pensez aussi à une petite caresse sur le museau du chien.

 

Eric Rubert.      

 

 

 

ENCADRE INFOS PRATIQUES.

Contact: Philippe Fournis.

Trois entraineurs diplômés : Ophélie MORISSE, Stéphanie MORISSE et Philippe FOURNIS

Deux entraînements hebdomadaires.

Cotisation adultes: 20€. Jeunes: 10€.

Trois  organisations: Canicross d’ Arques La bataille , Piranhas Bleue et le canitriathlon de St AubIn Le Cauf..

Actuellement le club comporte: 3 vice-champions d’Europe (Samuel Roucheux, Johan Patin et P Fournis).  3 champions nationaux FSLC: Samuel et Delphine Roucheux, P Fournis. Quatre participants aux derniers championnats du Monde en Pologne.